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Cas Client - Dunkin

Comment Dunkin' a préparé son entrée en franchise dans l'Hexagone en adaptant son savoir-faire

Octobre 2026

Cas client rédigé par Nicolas Coutel avec la collaboration de l’équipe Franchise Board et Dunkin’.

1. Les origines : la marque qui a inventé le café-donut et contribué à inventer la franchise

1.1. Le germe d'une idée : un camion-cantine et une observation

L’histoire commence dans le Massachusetts d’après-guerre. Fils d’une famille modeste de Boston né en 1916, William « Bill » Rosenberg lance au tournant de l’après-Seconde guerre mondiale une activité de restauration ambulante, l’Industrial Luncheon Service : des camions qui livrent café, sandwichs et pâtisseries aux ouvriers des usines et des chantiers de la région[1].

L’observation qu’il en tire tient en une ligne, et fondera un empire : 40 % de son chiffre d’affaires provient d’un duo de produits stars, le café et les donuts[2].

Le week-end du Memorial Day de 1948, Rosenberg ouvre donc à Quincy, dans la banlieue de Boston, une boutique dédiée à ce duo : l’Open Kettle. Là où les concurrents proposent quatre variétés de donuts, il en propose jusqu’à cinquante-deux à cinq cents pièces, avec une règle intangible : tout donut invendu au bout de cinq heures est remplacé[1].

Deux ans plus tard, il souhaite doter l’activité d’un nom plus vendeur et réunit ses cadres autour d’un magnétophone pour une session de brainstorming. La dénomination qui en sort, celle du geste même du client qui trempe son beignet dans son café, deviendra l’une des plus connues du monde : Dunkin’ Donuts[1] [3].

1.2. 1955 : le choix de la franchise

La suite de l’histoire devrait intéresser tout futur franchiseur. Après avoir ouvert six établissements en propre, Rosenberg fait un pari : financer la croissance en vendant des franchises.

Un pari qui ne fait pas l’unanimité puisque son associé et beau-frère, Harry Winokur, s’oppose au projet. La rupture est alors consommée et il fonde sa propre enseigne, Mister Donut, qui deviendra le principal concurrent américain de Dunkin’ avec quelque 550 boutiques. Le verdict tombera d’ailleurs en 1990, lorsque le propriétaire de Dunkin’ rachètera Mister Donut et convertira la quasi-totalité de ses points de vente nord-américains à l’enseigne Dunkin’. Deux visions du développement qui s’affrontent, pour un arbitrage rendu par le marché trente-cinq ans plus tard.[4]

Toujours est-il que le premier Dunkin’ Donuts franchisé ouvre en novembre 1955 à Worcester, Massachusetts[1]. Le centième point de vente suit en 1961 et Rosenberg ne compte pas s’arrêter là : il comptera parmi les fondateurs de l’International Franchise Association (IFA), la principale organisation professionnelle du secteur dans le monde, et restera dans l’histoire comme l’un des pères de la franchise moderne[5].

1.3. De Dunkin' Donuts à Dunkin' : la mue d'une marque mondiale

L’enseigne va suivre une trajectoire d’internationalisation méthodique, marquée par différents jalons[6] : 

AnnéeJalon
1950Ouverture de la première boutique à l’enseigne, à Quincy (Massachusetts)
1961100 shops aux États-Unis
1970Premier shop à l’international, au Japon
2018La marque simplifie son nom : « Dunkin’ Donuts » devient « Dunkin’ »
2020Dunkin’ rejoint le groupe américain Inspire Brands
2025Dunkin’ arrive en France

Le raccourcissement sémantique de la marque, annoncé en 2018, n’a rien d’anecdotique : il acte le basculement d’une marque de beignets vers une marque de boisson. Un repositionnement que les chiffres confirment : « les boissons représentent en moyenne 60 % de nos ventes », indiquait Michael Haley, président et directeur général international d’Inspire Brands, lors du lancement français[7].

2. La preuve par le terrain : un géant mondial, une plateforme européenne, un marché neuf

2.1. Dunkin' dans le monde

L’enseigne revendique aujourd’hui plus de 14 000 restaurants dans près de 40 marchés, et plus de deux milliards de tasses de café servies chaque année[8] [9]. Elle appartient depuis 2020 à Inspire Brands (Atlanta), plateforme multimarque qui fédère également Arby’s, Baskin-Robbins, Buffalo Wild Wings, Jimmy John’s et Sonic, pour un parc revendiqué dépassant les 32 000 points de vente[10] [6].

En Europe, la marque est présente dans une dizaine de pays (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Pays-Bas, Royaume-Uni notamment), avec un parc de l’ordre de 220 à 300 points de vente[11] [12].

L’évolution du réseau Dunkin’

AnnéePoints de ventePérimètreSource
19501Quincy, Massachusetts[6]
1955Premier restaurant franchiséWorcester, Massachusetts[1]
1961100États-Unis[6]
1970Première ouverture hors des États-UnisJapon[6]
19741 000États-Unis[6]
201210 000Monde[6]
2017Plus de 12 500Monde[32]
2020~12 900Monde, au moment du rachat par Inspire Brands[35]
2025~10 000États-Unis seuls[38]
2026Plus de 14 000, près de 40 marchésMonde[8] [9]

Il a fallu soixante-deux ans à Dunkin’ pour atteindre 10 000 points de vente, et seulement quatorze pour en ajouter quatre mille de plus. Sachant qu’avec environ 10 000 restaurants sur son seul territoire domestique (2025), l’enseigne y atteint une maturité de maillage qui frise la saturation.

La suite s’écrit donc à l’international. Et c’est très exactement ce qui donne son sens au dossier français : l’ouverture d’un marché européen de 68 millions d’habitants, sans aucune présence de la marque, n’est pas une opération de diversification opportuniste mais une nouvelle frontière.

2.2. QSRP, master franchisé et opérateur de plateforme

En juillet 2024, Inspire Brands confie la master franchise France à QSRP (Quick Service Restaurant Platform), une plateforme européenne de restauration rapide qui est adossée au fonds belge Kharis Capital[13] [14].

Or le profil de ce partenaire, déjà mentionné dans des business cases précédents, compte beaucoup pour notre lecture. Fondé en 2014 autour de la master franchise Burger King en Italie, QSRP exploite aujourd’hui plus de 1 500 points de vente dans neuf pays, pour un volume d’affaires système supérieur à 1,7 milliard d’euros (2024) et environ 6 000 collaborateurs[15]. Son portefeuille réunit Burger King (Belgique, Luxembourg, Italie), Quick, Nordsee, Chopstix, G La Dalle, et surtout, en France, O’Tacos, passé de 140 à près de 400 restaurants depuis 2018[16].

Dunkin’ n’arrive donc pas dans les mains d’un néophyte, mais d’un opérateur aguerri, disposant pour l’Hexagone d’une supply chain intégrée, d’une infrastructure IT et d’un réseau de franchisés déjà constitué sur d’autres enseignes. C’est l’un des ressorts et même l’un des facteurs clés de succès de ce dossier (voir § 7.6).

« Nous sommes tombés amoureux de la marque Dunkin’ dès nos premières discussions », affirmait Alessandro Preda, directeur général de QSRP[13].

boissons dunkin'

2.3. Le réseau en chiffres et dates

Repère Donnée
Naissance de l’enseigne 1948 (Open Kettle) / 1950 (Dunkin’ Donuts), à Quincy, Massachusetts
Début de la franchise 1955 (Worcester, Massachusetts)
Parc mondial Plus de 14 000 restaurants, près de 40 marchés
Groupe propriétaire Inspire Brands (depuis 2020) — plus de 32 000 points de vente
Parc européen De l’ordre de 220 à 300 points de vente
Master franchise France QSRP, signée en juillet 2024
Premières ouvertures en France 14 mai 2025, 19 boulevard Montmartre, Paris (succursale)
15 mai 2025, gare Saint-Lazare (13 rue d’Amsterdam), en partenariat avec SSP (restauration concédée)
Premier franchisé (hors restauration concédée) 22 avril 2026, centre commercial Aéroville (95)
Bilan 2025 (France) 6 ouvertures et environ 3,5 M€ de chiffre d’affaires sur l’année[40]
Parc France (juin 2026) 11 points de vente, dont un premier franchisé à Aéroville
Outil de production France Laboratoire intégré à Ivry-sur-Seine (94)
Objectif de déploiement Près de 30 implantations visées fin 2026, puis environ 25 ouvertures par an ; déploiement en régions à partir d’octobre 2026

2.4. Le calendrier d'un lancement éclair

Le déploiement français mérite d’être détaillé, car il a impacté le déroulement de notre mission :

  • Mai 2025 : Ouverture coup sur coup des deux premières adresses parisiennes. Un flagship de 170 à 200 m² boulevard Montmartre le 14 mai, puis le parvis de la gare Saint-Lazare le 15 mai, en partenariat avec l’opérateur de restauration concédée SSP[17] [22] ;
  • Octobre 2025 : Val d’Europe (107 m²) et rue des Petits Carreaux, à Paris (104 m²) ;
  • Novembre-décembre 2025 : Belle Épine, puis Rosny 2 ;
  • Février 2026 : Espace Saint-Quentin ;
  • Avril 2026 : Place de Clichy (8ᵉ adresse en moins d’un an), puis le premier franchisé hors restauration concédée au centre commercial Aéroville, le 22 avril[18] ;
  • Juin 2026 : 11 points de vente, un peu plus d’un an après la première ouverture[39].

Ce dernier point de vente, d’une surface totale de 91,40 m² pour 42 places assises et 14 emplois créés, est exploité par Samir Lakehal, déjà multi-franchisé dans la restauration rapide[18] [19]. Un profil illustrant bien la cible annoncée par l’enseigne : des commerçants aguerris, issus de la restauration rapide ou de la distribution alimentaire[19].

Une précision s’impose : l’adresse de Saint-Lazare, ouverte dès mai 2025, est exploitée par SSP, un opérateur de restauration concédée. Ce métier spécifique du travel retail réunit des acteurs spécialisés qui exploitent, sous l’enseigne de marques tierces, les points de restauration des gares et des aéroports, selon des schémas contractuels qui leur sont propres. Aéroville est donc le premier franchisé « classique » du réseau, hors restauration concédée.

« Le premier franchisé d’une enseigne n’est jamais un franchisé comme les autres : c’est une vitrine. Choisir un multi-franchisé aguerri plutôt qu’un primo-entrant enthousiaste, c’est le bon réflexe, car les premiers partenaires doivent rassurer les suivants », souligne Clément Trochu, associé de Franchise Board.

La séquence est limpide, et elle est la clé de lecture de tout notre dossier : 

  • Valider le concept en propre,
  • Sécuriser les standards,
  • Documenter le savoir-faire
  • Puis, seulement ouvrir à la franchise.

C’est précisément à la troisième étape que Franchise Board est intervenu.

Ces opérations qui ont fait Dunkin’

AnnéeOpérationMontant
1968Introduction en Bourse, du vivant du fondateur—
1989-1990Rachat par le britannique Allied-Lyons (qui acquiert aussi Mister Donut)325 M$
2005-2006Cession par Pernod Ricard à Bain Capital, Carlyle et Thomas H. Lee Partners2,4 Md$
2011Retour en Bourse au NASDAQ (DNKN)—
2020Rachat par Inspire Brands (Roark Capital) : 106,50 $ par action11,3 Md$ dette comprise
Mai 2026Dépôt confidentiel d’un dossier d’introduction en Bourse par Inspire Brands

Valorisation visée : ~20 Md$

Sources : [34] [35] [36].

Trois cent vingt-cinq millions de dollars en 1990, onze milliards trente ans plus tard. Le multiple ne s’explique ni par un patrimoine immobilier ni par un outil industriel, plutôt par la valeur d’un système articulant une marque, un savoir-faire formalisé, un réseau de partenaires et des flux de redevances récurrents. C’est la démonstration financière de ce que vaut un modèle de franchise abouti.

Et le franchiseur investit aussi. En 2018, Dunkin’ Brands lance son plan « Blueprint for Growth », destiné à transformer son réseau américain[32], et y engage environ 100 M$ : 65 % en équipements pour soutenir une stratégie centrée sur la boisson (dont de nouvelles machines à espresso), 30 % en infrastructures technologiques et 5 % en frais de structure pour tester, former et déployer. Les franchisés, de leur côté, investissent significativement dans le nouveau programme espresso[37]. Une vraie leçon de conduite de réseau : la modernisation d’un parc franchisé ne se décrète pas, elle se co-finance et l’adhésion des franchisés naît de ce partage de l’effort.

3. Le modèle économique : ce que propose Dunkin' France à ses candidats

3.1. Le ticket d'entrée

Selon les éléments communiqués par l’enseigne et repris par la presse spécialisée[17] [19] [41] :

  • Droit d’entrée : 30 000 €
  • Investissement global: à partir de 400 000 €, à ajuster selon la surface, l’emplacement et le format
  • Apport personnel minimum: 150 000 €[41]
  • Redevance d’exploitation: 6 % du chiffre d’affaires ;
  • Chiffre d’affaires cible: 750 000 € par point de vente[39].

3.2. Le référentiel américain, en contrepoint

À titre d’éclairage et non de comparaison directe car les marchés ne sont pas superposables, le référentiel du franchiseur américain donne la mesure de l’exigence du système[8] :

Indicateur (marché américain)Donnée
Droit d’entrée40 000 $
Redevance d’exploitation5,9 % du CA brut
Redevance de communication5 % du CA brut
Investissement total443 000 $ à 1 832 500 $
Conditions d’éligibilité250 000 $ d’actifs liquides, 500 000 $ de patrimoine net

Source : Inspire Brands Franchising, document d’information franchise (FDD) daté du 26 mars 2026.

L’écart entre les deux grilles s’explique par les formats : le modèle nord-américain repose largement sur des unités de plus grande surface avec drive-thru et foncier dédié, quand le modèle français privilégie des surfaces urbaines réduites, en centre-ville, en gare et en centre commercial[8] [17].

3.3. Un modèle porté par la boisson

L’équation économique de Dunkin’ se distingue de celle d’une boulangerie ou d’une pâtisserie en réseau : le donut fait la marque, la boisson fait la marge. Avec environ 60 % des ventes réalisées sur les boissons à l’échelle du réseau[7], une part qui, en France, est passée de 30 % au lancement à 45-50 % un an plus tard, portée par les recettes glacées[39] et des donuts positionnés entre 2,50 et 3,70 € l’unité[24], le concept combine un produit d’appel iconique et un panier récurrent à forte fréquence.

C’est aussi ce qui autorise l’enseigne à couvrir l’intégralité de la journée de consommation : « de 7h le matin à 20h le soir », comme le rappelait Jean-Wilfrid Thibault, directeur général de Dunkin’ France[11] ; là où un pur concept sucré resterait cantonné à quelques créneaux seulement.

3.4. La mécanique de franchisage : deux contrats, deux logiques

Le système Dunkin’ repose sur une architecture contractuelle à deux étages, décrite dans les rapports annuels du groupe[33].

Sur le marché domestique : le store development agreement. Plutôt que de vendre des points de vente à l’unité, le franchiseur signe avec ses partenaires des accords de développement qui fixent un nombre de restaurants à ouvrir, sur un territoire défini, selon un calendrier jalonné. En contrepartie, le franchiseur s’interdit d’ouvrir ou de franchiser lui-même sur la zone pendant la durée de l’accord. Chaque restaurant fait ensuite l’objet d’un contrat de franchise distinct. Un principe qui mérite d’être médité : l’exclusivité territoriale n’est pas un droit acquis à la signature, mais une contrepartie qui se mérite ouverture après ouverture. C’est aussi ce qui explique la physionomie du réseau américain, dominé par des multi-franchisés plutôt que par des exploitants d’unité unique.

À l’international : la master franchise. C’est le mode de relation le plus répandu du groupe hors des États-Unis. Le master reçoit un droit exclusif limité de développer et d’exploiter un nombre déterminé de restaurants sur un territoire — une ville, une région ou un pays entier — selon un calendrier de développement qui fixe le nombre d’ouvertures annuelles, généralement sur cinq à dix ans. En cas de manquement, la clause d’exclusivité peut tomber et le franchiseur devient libre de contracter avec des tiers. Financièrement, le master acquitte un droit de développement de marché à la signature, puis un droit d’entrée pour chaque restaurant ouvert, auxquels s’ajoutent les redevances.

Le groupe combine ce schéma avec deux variantes selon la maturité des marchés : le système multi-franchisés, plusieurs partenaires sur un même pays, pratiqué notamment au Royaume-Uni, en Allemagne, en Chine et au Mexique, et la coentreprise, retenue en Corée du Sud ou, historiquement, en Espagne.

S’agissant du dossier français, QSRP n’a pas « acheté une licence », mais il a souscrit un engagement de développement chiffré et calendarisé, sous peine de perdre son exclusivité. Cela éclaire d’un jour différent la vitesse d’exécution constatée depuis mai 2025 : neuf ouvertures en moins d’un an, une vingtaine annoncée pour 2026. Et cela éclaire aussi, rétrospectivement, l’urgence du chantier documentaire confié à Franchise Board.

Ouverture franchise Dunkin' en France

4. L'exécution : un concept mondial, une exécution française

4.1. Coffee shop et donut shop à la fois

Le positionnement revendiqué par Dunkin’ en France tient en une formule de son dirigeant : les points de vente « sont à la fois des coffee shops et des donut shops : ils réunissent le meilleur des deux mondes »[11].

Concrètement, l’offre française associe des cafés personnalisables, des boissons froides, dix-huit recettes de donuts décorés à la main, des viennoiseries et des cookies cuits sur place, ainsi que des sandwichs préparés sur place[24]. Le design déployé est le concept international « Recharge » de la marque, décliné avec des touches locales[22].

4.2. L'adaptation au goût français

C’est un point structurant du dossier, et il a directement irrigué notre mission : l’offre n’a pas été importée telle quelle. « Pour nous adapter au marché hexagonal, nous avons revu la recette de nos donuts », explique Jean-Wilfrid Thibault[7]. L’enseigne a par ailleurs étoffé son offre salée et sa viennoiserie, dans un pays où la pause café possède ses propres codes.

Cette adaptation locale du produit a sa contrepartie documentaire : elle a supposé de reprendre, une à une, les fiches recettes transmises par le franchiseur américain (un chantier que nous détaillons au § 6.4).

Donut Paris

4.3. Le laboratoire d'Ivry-sur-Seine

Le réseau Dunkin’ français s’appuie sur un laboratoire de production intégré, implanté à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), qui approvisionne les points de vente d’Île-de-France[7].

Pour le franchisé, la logique est celle (classique et rassurante) d’une production centralisée : pas d’outil industriel à financer, une qualité homogène et une relation d’approvisionnement qui fonde la relation de réseau. Pour la tête de réseau, c’est un actif et, sur le plan documentaire, une chaîne de procédures à formaliser avec une exigence particulière.

4.4. Le digital et le travel retail

Deux leviers complètent le dispositif :

  • Une application de commande et de click & collect, activée après les premières ouvertures[11], adossée à l’infrastructure digitale du groupe QSRP, dont 76 % des ventes sont réalisées via des canaux digitaux et qui revendique plus de 12 millions de clients inscrits à ses programmes de fidélité[15] ;
  • Une présence assumée en travel retail et dans les grands flux, illustrée par le partenariat avec SSP en gare Saint-Lazare et par l’implantation d’Aéroville. « Il y a beaucoup d’appétence autour de la marque. On a beaucoup d’opportunités en gare et en aéroports », soulignait Jean-Wilfrid Thibault dès mai 2025[22].

Loin d’être un détail, ce dernier point est un accélérateur de développement. Les opérateurs de restauration concédée sont des partenaires déjà rompus aux enjeux d’exploitation, capables d’ouvrir vite et bien : un atout précieux pour une marque qui doit prouver son concept avant de le dupliquer.

5. Le positionnement : un marché émergent, un timing d'entrée

5.1. Le donut, un marché encore naissant en France

coffee shop dunkin' France

Jusqu’au tournant des années 2020, le donut restait en France un produit de rayon et d’imaginaire, largement diffusé par la pop culture américaine, mais sans enseigne dédiée d’envergure.

L’ouverture se fait le 6 décembre 2023, lorsque Krispy Kreme inaugure son premier point de vente français au Westfield Forum des Halles, dans une co-entreprise avec le groupe Wagram Food Service (également franchiseur de Columbus Café & Co)[25]. Le succès est immédiat avec 20 000 à 25 000 donuts produits par jour dans ce seul flagship[25], puis l’installation d’un parc de 20 points de vente et 12 M€ de chiffre d’affaires dès la première année[26].

« Après un million de passages en caisse en une petite année, je peux vous confirmer que le marché du doughnuts existe bel et bien », résumait Alexandre Maizoué, alors directeur général de Krispy Kreme France[26]. Mais en juin 2026, Krispy Kreme a racheté la participation de Wagram Food Service dans leur coentreprise française et repris 100 % du contrôle de sa filiale.

Un défrichage qui jouera en faveur de Dunkin’ : lorsque la marque arrive dix-huit mois plus tard, la catégorie est installée, le consommateur est éduqué et la demande est démontrée. Un cas d’école typique de second entrant sur un marché ouvert par un pionnier.

5.2. Une double concurrence

Dunkin’ France se positionne en réalité au croisement de deux univers concurrentiels :

  • Le donut, avec Krispy Kreme (20 points de vente en Île-de-France, en propre, sans offre de franchise à ce jour) et Dreams Donuts, qui revendique de son côté plus de 90 points de vente franchisés[27] ;
  • Le coffee shop, avec Starbucks (environ 260 unités en France, opérées par le master franchisé Alsea) et Columbus Café & Co (environ 250 établissements, quasi intégralement en franchise, plus de 130 M€ de CA en 2025)[28] [29].

Sur ce dernier marché, estimé à environ 2 100 établissements pour 750 M€ de chiffre d’affaires et encore largement dominé par les indépendants[30], la promesse hybride coffee shop + donut shop constitue le différenciant de Dunkin’.

Et un argument commercial mérite d’être souligné pour les candidats à la franchise : parmi les grandes marques internationales de donuts présentes en France, Dunkin’ est aujourd’hui la seule à proposer un contrat de franchise[27], en attendant que Krispy Kreme confirme son intention en la matière.

Dunkin’ face à son marché : grille de positionnement

EnseigneArrivée en France et positionnementParc FranceDéveloppementTicket d’entréeRedevances
Dunkin’2025 — coffee shop et donut shop11 PDV (juin 2026), dont 1 franchiséMaster franchise QSRP : succursales, puis franchiseDroit d’entrée (DE) 30 000 €
invest. dès 400 K€
apport min. 150 K€
6 %
Krispy Kreme2023 — donut premium, production théâtralisée~20 PDV, Île-de-FranceEn propre + GMS — offre franchise possible à moyen terme——
Dreams Donuts2020-2021 (origine belge) — donut personnalisable, univers « instagrammable »90 à 112 selon les sourcesFranchise, contrat de 10 ansDE 15 000 €*
invest. ~80 K€
apport 30 K€
5 % + 1 % pub*
Columbus Café & Co1994 — coffee shop français, offre snacking~250 à 280 PDVFranchise (quasi 100 % du parc)DE 35 000 € HT*
invest. dès 250 K€ (kiosque dès 190 K€)
apport ~30 %
6 % + 1 % marketing
Starbucks2004 — coffee shop premium~260 unités (fin 2024)Master franchise Alsea : succursales, licences, franchisesDE ~35 000 €
invest. 400 à 600 K€
apport ~300 K€
6 % + 3 % pub

* Données divergentes selon les sources. Hors Dunkin’, les conditions d’accès proviennent d’annuaires professionnels et des sites des enseignes : elles sont déclaratives et non auditées, et donnent des ordres de grandeur, non des valeurs contractuelles.

  • Sur le donut, Dunkin’ bénéficie d’une position sans équivalent. Parmi les grandes marques internationales de donuts présentes en France, il est à ce jour la seule dont l’offre de franchise soit ouverte et opérationnelle. Krispy Kreme, qui a repris en juin 2026 le contrôle intégral de sa filiale française, n’envisage la franchise que pour son déploiement en régions, une fois résolue la question de sa capacité de production locale — précisément l’obstacle que Dunkin’ a levé en amont ;
  • Sur le coffee shop, un ticket de marque mondiale à coût maîtrisé. À partir de 400 000 € d’investissement et 150 000 € d’apport, Dunkin’ se situe entre Columbus Café & Co et Starbucks : au niveau du bas de fourchette de ce dernier en investissement, mais avec un apport deux fois moindre, pour une notoriété mondiale comparable. Une marque mondiale à un ticket de réseau maîtrisé : c’est l’argument fort de l’offre ;
  • Le différenciant n’est ni le donut ni le café, mais leur combinaison. Les pure players donut restent des concepts d’impulsion ; les coffee shops captent la journée sans produit signature de cette puissance. Avec 60 % de ses ventes en boissons et un produit d’appel iconique, Dunkin’ occupe un espace que personne ne tient aujourd’hui ;
  • Au-delà du cas Dunkin’, le tableau enseigne à un franchiseur qu’un positionnement ne se construit pas dans une catégorie, mais à l’intersection de deux — là où la comparaison directe devient impossible. Et la logique de plateforme (supply chain, digital, vivier de multi-franchisés partagé entre enseignes) constitue un accélérateur dont aucun acteur du donut ne dispose en France.

5.3. Un timing choisi

Reste une question que la presse a posée à l’enseigne : pourquoi si tard ? La réponse de Jean-Wilfrid Thibault est instructive et transposable à d’autres franchiseurs en quête de développement : « Je pense que le bon partenaire n’était pas encore là, et que le marché n’était pas tout à fait prêt »[17].

Deux conditions, donc : un marché mûr et un opérateur capable. C’est exactement le raisonnement d’un franchiseur international qui cherche un master, et c’est le raisonnement que tout franchiseur français devrait s’appliquer à lui-même avant d’ouvrir un territoire.

« Dunkin’ n’est pas arrivé en retard, il est arrivé à l’heure : après Krispy Kreme, qui avait éduqué le marché, et avec QSRP, qui apportait la logistique et le vivier de franchisés. Pour un franchiseur, le bon moment n’est pas celui où il se sent prêt, c’est celui où le marché et le partenaire le sont aussi », analyse Clément Trochu.

6. Notre intervention : du corpus américain au manuel opératoire français

Fin 2024, la master franchise vient d’être signée, l’équipe se constitue, et le franchiseur américain a transmis son savoir-faire sous la forme d’un corpus de procédures en anglais, pensé pour des restaurants du Massachusetts. La première boutique parisienne doit ouvrir dans moins de six mois, et la carte n’est pas encore arrêtée. Entre ce point de départ et un réseau franchisable, il manque un objet : un manuel opératoire français, que notre cabinet est chargé d’écrire.

6.1. La genèse : une mise en relation, un besoin de structuration

Le dossier naît d’un échange avec Jean-Wilfrid Thibault, arrivé à la tête de Dunkin’ France en octobre 2024, après plus de dix ans passés chez Starbucks[39]. Le besoin qu’il nous exprime porte alors sur deux volets : structurer l’enseigne en France et préparer la rédaction de son manuel opératoire.

Le dossier démarre véritablement fin 2024. S’agissant de la structuration, le master franchisé mènera la réflexion en interne, avec l’appui du groupe QSRP qui dispose avec O’Tacos, Quick ou Burger King, d’une expérience de première main sur le sujet. L’accompagnement de Franchise Board se concentrera donc sur le manuel opératoire. Un périmètre resserré, mais un livrable stratégique puisque c’est ce support qui transforme un savoir-faire en objet transmissible.

6.2. Le point de départ : un corpus américain à réinventer

Le master franchisé français n’est pas parti d’une page blanche. Il a reçu du franchiseur américain une compilation de SOP (standard operating procedures), une documentation dense et structurée par des décennies d’exploitation.

Mais elle est rédigée en anglais et est surtout empreinte de culture américaine. « Nous avions une matière consistante, mais insuffisamment structurée au regard de ce que l’on imagine pour une enseigne de cette taille », relève Clément Trochu, associé de Franchise Board et directeur de la mission.

Sophie Lallias, rédactrice technique

Pour Sophie Lallias, rédactrice technique du cabinet, la méthode s’est imposée d’elle-même : « Nous l’avons traduite pour gagner du temps et, sur cette base, inventorié l’existant applicable afin de structurer la version française du manuel opératoire. C’est le cœur de cette mission. »

Un point mérite d’être relevé, et qui n’a rien d’automatique : la matière première existait. « La documentation était fournie par le franchiseur : c’est un vrai atout, car d’autres dossiers partent d’une matière bien plus pauvre », rappelle Clément Trochu. L’enjeu tenait donc moins à la production de contenu qu’à son tri, sa hiérarchisation et sa mise en ordre.

6.3. Structurer avant de rédiger : la question du sommaire

Fidèle à la méthodologie du cabinet, l’équipe a démarré par établir un sommaire, l’ossature qui déterminera tout le reste. Deux repères guident ce travail : les spécificités opérationnelles de Dunkin’ : la production centralisée, les fiches recettes, les standards de la marque ; et un étalon interne au groupe. « La structuration retenue pour le manop O’Tacos leur plaisait bien. Nous allions nous en inspirer, bien sûr sans sacrifier les spécificités opérationnelles de Dunkin’ », rappelle Sophie.

Le sommaire complet est présenté en janvier 2025, puis validé par la direction de l’enseigne. À partir de là, l’équipe projet reparcourt l’ensemble de la documentation américaine pour consolider ce qui sera conservé, adapté ou écarté, puis lister les documents restant à produire.

6.4. Les arbitrages : où l'adaptation devient un métier

C’est ici que le travail cesse d’être une traduction pour devenir une transposition. Deux chantiers l’illustrent.

La sécurité alimentaire. Les écarts de réglementation entre les États-Unis et la France sont significatifs, et ils doivent être intégrés. Les procédures relatives à l’hygiène et à la sécurité alimentaire ont donc été reprises au regard du cadre français et du process industriel propre à l’enseigne. Un domaine où la moindre imprécision peut être fâcheuse.

Les fiches recettes. Puisque l’offre elle-même a été retravaillée pour le goût français (§ 4.2), les fiches transmises par les États-Unis devaient être arbitrées une à une. « Nous avons réalisé des arbitrages en ce sens avec les équipes de l’enseigne, pour voir ce que l’on garderait ou pas, ce qui serait applicable ou non du corpus de SOP », ajoute Sophie Lallias.

Ces arbitrages ont ensuite été validés par la direction générale. Ils constituent, de l’avis de nos deux intervenants, la véritable valeur ajoutée de la mission : c’est là que le savoir-faire d’un franchiseur mondial devient véritablement exploitable en France.

concept Dunkin France

6.5. La rédaction : des référents métier, une chaîne de validation

La rédaction s’engage en février 2025 et se poursuit jusqu’à l’été. La méthode est éprouvée : identification de référents par domaine, sessions d’entretien, rédaction, puis validation. « J’ai réalisé des sessions d’interview avec les référents métier. Un travail exigeant car il fallait rédiger au fil de l’eau », se souvient Sophie Lallias.

Quant au calendrier, il ne laissait aucune marge. « Niveau timing, c’était dense : nous avons commencé début 2025 et le manuel devait être prêt pour la première ouverture », poursuit notre rédactrice.

Le contexte est aussi celui d’un lancement de marque : l’équipe française monte en puissance en même temps qu’elle ouvre ses premiers points de vente. Les relais se sont organisés au fil du projet, avec l’appui de plusieurs collaborateurs de l’enseigne, chacun apportant son expertise sur son domaine, de la sécurité alimentaire à la gestion opérationnelle du point de vente. Une structuration que l’équipe du cabinet a su accompagner sans jamais interrompre la production documentaire.

Enfin, l’arrivée de Laurent Voissenet comme responsable opérationnel en mars 2025 donnera au dossier un interlocuteur dédié. Un point de cadrage est organisé avec lui pour lui présenter le sommaire validé et les chantiers restants. Une fois sa propre intégration à l’enseigne achevée, il prendra progressivement la main sur le dossier et aidera à documenter les process manquants.

6.6. Le livrable : un manuel opératoire structuré, conçu pour être lu

Le manuel opératoire a été livré sous Canva, pour la qualité de la mise en forme et le confort de lecture, puis digitalisé dans l’outil réseau de l’enseigne : une double sortie qui garantit à la fois l’appropriation par les équipes terrain et l’intégration au système d’information du réseau.

Au total, environ 300 pages de contenus opérationnels ont été produites. Son architecture couvre l’ensemble des domaines attendus d’un référentiel :

  • Les notions de base du concept ;
  • La sécurité alimentaire ;
  • L’expérience client ;
  • La préparation des produits ;
  • La communication ;
  • L’équipement et l’immobilier ;
  • Le personnel ;
  • La sécurité et la gestion de crise ;
  • Les achats et la réception des produits ;
  • L’organisation de la boutique.

« Le résultat est volumineux, mais bien structuré, chapitre par chapitre », résume Sophie Lallias. Un manuel opératoire lisible et utilisé primant toujours sur un manuel exhaustif et inexploité.

Fin 2024, le savoir-faire de Dunkin’ France tenait dans des fichiers américains que personne dans l’équipe n’avait le temps de lire. Il tient désormais dans un référentiel structuré, accessible depuis l’outil réseau de l’enseigne par n’importe quel collaborateur, en français. C’est la différence entre une marque qui exploite et une enseigne qui peut franchiser.

« Un manuel qui dort dans un classeur, c’est un savoir-faire qui s’évapore. Accessible depuis l’outil que les équipes utilisent déjà, il devient vivant : il se consulte, se met à jour, se contrôle », souligne Clément Trochu.

6.7. Le calendrier de la mission

Date Étape
Fin 2024 Démarrage du dossier, cadrage du besoin
Décembre 2024 Découverte et inventaire des sources documentaires (SOP américaines)
Janvier 2025 Présentation du sommaire du manuel opératoire
Février 2025 Entretiens avec les référents métier et démarrage de la rédaction
Mars 2025 Point de cadrage avec le responsable opérationnel de l’enseigne
14-15 mai 2025 Premières ouvertures Dunkin’ en France (Paris)
Juillet 2025 Achèvement de la rédaction et livraison des liens Canva après validation
Second semestre 2025 Digitalisation du manuel dans l’outil réseau de l’enseigne

6.8. L'équipe mobilisée

Chez Franchise Board :

  • Clément Trochu – directeur de mission
  • Sophie Lallias – rédactrice technique du manuel opératoire
  • Gaël Chesné – consultant

Chez le client :

  • Jean-Wilfrid Thibault – directeur général, Dunkin’ France
  • Laurent Voissenet – responsable opérationnel
  • Des référents métiers désignés au sein de l’enseigne (opérations, sécurité alimentaire, communication, ressources humaines).
  •  

6.9. Anecdotes et faits marquants

Travailler sur un concept que l’on a pratiqué à l’étranger (outre-Atlantique) mais qui n’existe pas encore opérationnellement en France constitue un exercice particulier. « Il m’a fallu me projeter, et faire en sorte que cela se transcrive dans la rédaction des éléments opérationnels du manuel », souligne Clément Trochu. Un travail d’imagination technique, visant à décrire une exploitation avant qu’elle n’existe totalement en France.

Une marque qui appartient à l’imaginaire collectif. Pour sa part, Sophie Lallias retient la dimension symbolique du dossier. « C’était un beau dossier, pour une marque emblématique, très ancrée dans la culture américaine. D’ailleurs, pour le clin d’œil, ce n’est pas rien de travailler sur une marque qui apparaît dans Les Simpson ! », sourit-elle.

Une chaîne de validation transatlantique. Enfin, le dossier a supposé de faire remonter au franchiseur américain différentes validations : par aller-retours entre Paris et les États-Unis, ce qui a rythmé la production documentaire.

Un savoir-faire qui retraverse l’Atlantique. Fait peu courant dans ce type de mission : une fois traduites et adaptées, les versions françaises des procédures ont été partagées avec Dunkin’ US. Le corpus parti des États-Unis y est revenu sous sa forme française, signe que la transposition locale d’un savoir-faire peut aussi nourrir la tête de réseau d’origine.

Concept franchise donuts

7. Enseignements et lecture stratégique

7.1. Le manuel opératoire, condition d'entrée dans la franchise

Le premier enseignement du cas Dunkin’ relève presque d’une démonstration par l’exemple. L’enseigne annonce dès le départ une approche en trois temps : ouvrir en propre, maîtriser les standards, puis franchiser. Entre le deuxième et le troisième temps, le manuel opératoire joue un rôle pivot.

Sans lui, il n’y a rien à transmettre, rien à contrôler, rien à défendre juridiquement. C’est ce qui explique qu’un réseau international disposant déjà d’un corpus de procédures choisisse de confier à un cabinet spécialisé la production de sa version française : l’adaptation locale d’un savoir-faire est un métier en soi.

Offre de donuts

7.2. Traduire n'est pas transposer

Le deuxième enseignement tient à la nature du travail réalisé. Si une traduction produit un texte lisible par de nouveaux locuteurs, une transposition produit un référentiel applicable par de nouveaux opérateurs, en vue de toucher de nouveaux consommateurs.

Entre les deux se logent des écarts de diverses sortes :

  • Réglementaires : sécurité alimentaire, hygiène…
  • Culturels : goûts, habitudes de consommation, rapport à la pause-café…
  • Organisationnels : formats de points de vente, structure des équipes…
  • Et identitaires : un réseau de trois quarts de siècle aux États-Unis versus un réseau naissant en France.

D’expérience, toute enseigne internationale qui s’exporte sur le marché français rencontre cette difficulté. Mais peu l’anticipent comme un chantier en soi.

7.3. Documenter un concept encore en construction

Le troisième enseignement est le plus intéressant, même s’il est le plus inconfortable. Au démarrage des travaux début 2025, plusieurs paramètres du futur concept français n’étaient pas encore arrêtés : la carte, les relations fournisseurs, les outils logiciels, l’organisation managériale. « On était encore en pleine phase de conception du point de vue français », resitue Clément Trochu.

Or documenter dans ces conditions suppose une compétence particulière : savoir écrire ce qui est stable, identifier ce qui ne l’est pas, et construire une architecture documentaire capable d’absorber les décisions à venir sans être réécrite. C’est très exactement ce qu’une tête de réseau ne peut pas improviser en interne, quand elle est déjà occupée à préparer l’ouverture de ses premiers points de vente.

Le regard de Clément Trochu

« Écrire le manuel opératoire d’un point de vente qui n’a pas encore ouvert, c’est rédiger le mode d’emploi d’une maison dont les fondations sont encore en train de sécher. Il faut séparer ce qui est gravé dans le marbre (la marque, les standards, l’hygiène) de ce qui bougera encore : la carte, les fournisseurs, les outils. Nos interlocuteurs étaient eux-mêmes en plein sourcing, en pleine phase de test. Le manuel est alors devenu un révélateur : il leur a permis d’identifier ce qui manquait encore, et d’anticiper ce qu’il fallait trancher avant l’ouverture des premiers points de vente. »

— Clément Trochu, associé de Franchise Board

7.4. L'effet plateforme

Le quatrième enseignement concerne le master franchisé. QSRP n’a pas abordé Dunkin’ France comme un projet isolé, mais comme l’ajout d’une marque à une plateforme existante (supply chain, IT, digital, réseau de franchisés multi-enseignes – dont O’Tacos) sur laquelle capitaliser.

Cette logique de plateforme explique la vitesse d’exécution du lancement (neuf points de vente en moins d’un an), et le profil des premiers partenaires retenus : un opérateur de restauration concédée, SSP, et des multi-franchisés aguerris (Samir Lakehal, à Aéroville). Un modèle de développement dont bien des franchiseurs français engagés dans une stratégie multi-marques gagneraient à s’inspirer.

7.5. Les défis de l'après

La trajectoire du réseau reste à confirmer, à trois égards au moins :

  • Le passage de la succursale à la franchise: le premier franchisé hors restauration concédée a ouvert en avril 2026 ; l’enseigne vise désormais près de 30 implantations fin 2026, puis un rythme d’environ 25 ouvertures par an[39] ;
  • L’expansion hors Île-de-France: annoncée dès octobre 2026, elle suppose d’étendre la logistique au-delà du laboratoire d’Ivry et d’adapter le modèle à des zones de chalandise différentes ;
  • La tenue des standardsen croissance rapide : sur un marché du coffee shop qui entre, à en croire les observateurs, dans une phase de maturité et d’écrémage[30].

7.6. Les facteurs clés du succès selon les acteurs de la mission

Clément Trochu place en tête la marque elle-même : « La marque est un sujet clé : ultra connue, attendue en France, sur un marché émergent et qui continue de progresser. »

Il retient également :

  • L’intégration à QSRP et la capacité à proposer le concept aux multi-franchisés du groupe désireux de se diversifier ;
  • Des opportunités décrochées rapidement en travel retail, un canal particulièrement adapté au modèle, notamment via des opérateurs de restauration concédée ;
  • Un plan de développement ambitieux, combinant des ouvertures en propre et une bascule vers la franchise.

 

Sophie Lallias souligne pour sa part :

  • La connaissance sectorielle du client, familier de la restauration thématique sucrée ;
  • Le bénéfice de l’expérience d’autres marques du groupe, à commencer par O’Tacos ;
  • La qualité de l’expertise métier mobilisée côté enseigne, notamment sur la sécurité alimentaire, un domaine où la précision des réponses conditionne directement la qualité du référentiel.

Elle relève enfin ce qui fut, à ses yeux, la contribution la plus déterminante du cabinet : dans le contexte intense d’un lancement de marque, où les équipes bâtissent l’organisation en même temps qu’elles ouvrent les premiers points de vente, Franchise Board a apporté la rigueur, la méthode et la continuité qui permettent à un chantier documentaire d’aboutir.

Un point d’étape organisé à mi-parcours avec la direction générale et le responsable opérationnel a d’ailleurs permis de faire le point sur l’avancement chapitre par chapitre, d’identifier les référents restant à mobiliser (communication, ressources humaines) et de relancer la dynamique du projet.

8. Les bénéfices de notre accompagnement

1. L’absorption d’une certaine charge de travail.
Les équipes de l’enseigne étant mobilisées par les ouvertures, sans un appui externe le chantier documentaire aurait été soit retardé, soit bâclé. « Notre intervention leur a enlevé une charge de travail supplémentaire, avec des équipes déjà bien mobilisées », explique Sophie Lallias.

2/ Un inventaire transformé en architecture.
Le deuxième bénéfice est méthodologique. « Nous avons su clarifier ce que devait contenir le sommaire du manuel opératoire, au regard de toute cette documentation que le Master avait reçue des États-Unis », poursuit-elle. Un gros travail d’inventaire, réclamant un savoir-faire technique et méthodologique.

Une lecture partagée par son directeur de mission : « Le corpus américain était riche, mais il fallait d’abord le traduire. Ce travail a eu un mérite inattendu : il a mis en lumière tout ce qui restait à définir, et ce qui n’était pas encore calibré pour le marché français », explique Clément Trochu

3. Une priorisation au service du calendrier commercial.
Le troisième bénéfice est stratégique : les travaux ont été priorisés en fonction des échéances d’ouverture, de manière à disposer des chapitres critiques au moment où les équipes en auraient besoin sur le terrain.

4. Un savoir-faire technique et méthodologique.
Le quatrième et dernier bénéfice est celui que l’on mesure rarement avant de l’avoir cherché en interne : la rédaction technique de référentiels de réseau est un métier en soi, avec ses méthodes, ses formats et ses réflexes de traçabilité.

Le regard de Clément Trochu

  1. Traduire n’est pas transposer. « Traduire un manuel, c’est le rendre lisible. Le transposer, c’est le rendre utilisable. Entre les deux, il y a la réglementation, le goût et la culture du travail. »
  2. La plateforme fait la vitesse. « Une grande marque ne suffit pas : c’est la plateforme qui fait la vitesse (supply chain, digital, vivier de franchisés). »
  3. Éprouver avant de vendre. « Ouvrir en propre d’abord, franchiser ensuite : un franchiseur ne peut pas vendre un modèle qu’il n’a pas lui-même éprouvé. »

— Clément Trochu, associé de Franchise Board

Pour conclure

En moins de deux ans, Dunkin’ est passé du statut de marque connue de nombreux Français, mais encore non accessible, à celui de réseau en cours de constitution : onze points de vente à la mi-2026, un laboratoire de production, un premier franchisé et près de trente implantations visées d’ici la fin de l’année.

Une trajectoire à saluer, mais qui repose sur trois appuis :

  • Une marque mondiale dont la notoriété précède l’implantation ;
  • Un master franchisé de plateforme, QSRP, capable de mobiliser une supply chain, une infrastructure digitale et un vivier de partenaires ;
  • Un marché défriché par un premier entrant, démontrant l’appétence française pour la catégorie.

L’intervention de Franchise Board a porté sur le pivot sans lequel la franchise n’aurait pu s’engager : la transformation d’un corpus de procédures américaines en un référentiel opérationnel français, structuré, arbitré et exploitable. Un travail de transposition, mené dans le tempo serré d’un lancement de marque et sur un concept dont plusieurs paramètres restaient encore à régler.

C’est peut-être là l’enseignement le plus utile de ce dossier pour un futur franchiseur. « Un savoir-faire n’est pas transmissible parce qu’il existe, mais parce qu’il a été formalisé. Et cela réclame du temps, de la méthode et de l’expertise », résume Clément Trochu.

Soixante-dix ans après que William Rosenberg a décidé de financer sa croissance en vendant des franchises, la marque qu’il a fondée aborde son marché français avec la même exigence : maîtriser d’abord, dupliquer ensuite.

Octobre 2026 – Cas client rédigé par Nicolas Coutel avec la collaboration de l’équipe Franchise Board et Dunkin’.

Annexe 1 — Le marché du donut et du coffee shop en France

Avertissement méthodologique. Cette annexe replace le concept dans son environnement, à titre d’éclairage et sans viser l’exhaustivité.

Un segment donut né en 2023

Le marché français du donut de spécialité s’est ouvert avec l’arrivée de Krispy Kreme au Westfield Forum des Halles, le 6 décembre 2023. En un an, l’enseigne revendiquait 20 points de vente en Île-de-France, une capacité totale de production de 42 000 beignets frais par jour, un million de passages en caisse et 12 M€ de chiffre d’affaires[25] [26]. Le développement s’y poursuit en propre, sans offre de franchise à ce jour, complété par une distribution en grande distribution.

Un acteur franchisé déjà installé

Dreams Donuts, d’origine belge, revendique de son côté plus de 90 points de vente franchisés en France, sur un positionnement gourmand et « instagrammable »[27].

Un marché du coffee shop en phase de maturité

Le marché français des coffee shops est estimé à environ 2 100 établissements pour 750 M€ de chiffre d’affaires, avec près d’un tiers du parc sous enseigne et une entrée en phase de maturité qui pourrait entraîner un écrémage[30]. Son modèle économique se caractérise par des coûts d’installation contenus (petites surfaces, effectifs réduits, absence de licence IV) et une rentabilité inférieure à celle de la restauration rapide ou de la boulangerie, en raison de volumes plus limités[30].

Deux leaders installés

Starbucks, présent depuis 2004 et opéré par le master franchisé Alsea, comptait environ 260 unités fin 2024[29] [31]. Columbus Café & Co, premier réseau français du secteur, revendique environ 250 établissements — quasi intégralement en franchise — et plus de 130 M€ de chiffre d’affaires en 2025[28] [29].

Un marché du café structurellement solide

Le café demeure un produit de consommation quotidienne massive en France, dont la densité en points de vente de café est plutôt élevée. La croissance s’y joue moins sur le volume que sur la premiumisation et sur la conquête de nouveaux moments de consommation — précisément le terrain sur lequel se positionne l’offre all-day de Dunkin’.

Un marché compatible avec la logique de réseau

Formats compacts, procédés standardisables, approvisionnement centralisable, flux de clientèle prévisibles, forte notoriété de marque… Autant de caractéristiques qui rendent le segment particulièrement adapté au modèle de franchise, sur un marché encore largement dominé par les indépendants, et dont une enseigne structurée devrait pouvoir tirer profit.

 

Annexe 2 — Grille de lecture du modèle franchisé Dunkin’ France

Avertissement méthodologique. Les éléments ci-dessous reposent sur les informations communiquées par l’enseigne et reprises par la presse professionnelle (2025-2026). Ils constituent des ordres de grandeur, non des garanties de performance.

Investissement initial :

Poste

Montant

Droit d’entrée

30 000 €

Investissement global

À partir de 400 000 € (selon surface, emplacement et format)

Apport personnel minimum

150 000 €

Redevance d’exploitation

6 % du chiffre d’affaires

Chiffre d’affaires cible

750 000 € par point de vente

Redevance de communication

Non communiquée

Formats et implantation

  • Formats : du kiosque en centre commercial à la boutique de 120 m², jusqu’au flagship de 170 à 200 m² (centre-ville, gare, centre commercial)
  • Zones prioritaires : Paris et Île-de-France en 2025-2026, régions à partir d’octobre 2026
  • Canaux privilégiés : centres-villes à fort trafic, gares et aéroports, centres commerciaux.

Offre produit

  • 18 recettes de donuts décorés à la main, viennoiseries et cookies cuits sur place, sandwichs préparés sur place
  • Donuts positionnés entre 2,50 € et 3,70 € l’unité
  • Boissons : environ 60 % des ventes à l’échelle du réseau ; 45 à 50 % en France à la mi-2026, contre 30 % au lancement
  • Amplitude de service : de 7h à 20h. 

Accompagnement du réseau

  • Approvisionnement centralisé depuis le laboratoire d’Ivry-sur-Seine
  • Manuel opératoire structuré, accessible via l’outil réseau de l’enseigne
  • Infrastructure digitale du groupe QSRP (application, click & collect, programme de fidélité)
  • Marketing national et outils de communication locale.

Profils recherchés

  • Commerçants aguerris, issus de la restauration rapide ou de la distribution alimentaire ;
  • Multi-franchisés en recherche de diversification ;
  • Opérateurs de restauration concédée pour les emplacements de flux.

Notes et sources

[1] Rosenberg International Franchise Center, University of New Hampshire, biographie de William Rosenberg.

[2] Encyclopedia.com, notice « Dunkin’ Donuts ».

[3] Los Angeles Times / Baltimore Sun, nécrologie de William Rosenberg, septembre 2002.

[4] Encyclopedia.com ; Wikipédia (EN), « Dunkin’ Donuts ».

[5] Fox Business, « Who founded Dunkin’ Donuts ? », 2020.

[6] Site officiel Dunkin’ France, page « Qui sommes-nous ? », rubrique « Notre histoire ».

[7] LSA, « Dunkin’, le géant des donuts, ouvre son premier flagship parisien… », 16 mai 2025.

[8] Inspire Brands Franchising, page « Franchise with Dunkin’ » (FDD du 26 mars 2026).

[9] Inspire Brands, « Dunkin’ Opens First Locations in France », mai 2025.

[10] Franchise Magazine, « Franchises de donut : les réseaux qui recrutent ».

[11] Franchise Magazine, interview de Jean-Wilfrid Thibault, General Manager de Dunkin’ France, avril 2025.

[12] AC Franchise, « Dunkin’ accélère son expansion en France… », 2026.

[13] Gondola, « Le belge QSRP va lancer Dunkin’ en France », juillet 2024.

[14] Tea & Coffee Trade Journal, « Dunkin’ to launch franchise in France », juillet 2024.

[15] Kharis Capital, fiche QSRP ; site institutionnel QSRP.

[16] Snacking.fr, « Comment QSRP veut devenir le leader de la restauration rapide en Europe », mars 2025.

[17] Snacking.fr, « Dunkin’ ouvre coup sur coup ses deux premières adresses parisiennes », avril 2025.

[18] Franchise Magazine, « Café et donuts : premier shop franchisé en France pour Dunkin’ », avril 2026.

[19] LSA, « Dunkin’ ouvre son premier magasin franchisé en France », avril 2026 ; L’Officiel de la Franchise, octobre 2025.

[20] Snacking.fr, « Le 1er Dunkin’ parisien ouvre ses portes le 14 mai », mai 2025.

[21] AC Franchise, mars 2026.

[22] Zepros Snack, « Dunkin’ ouvre déjà son deuxième point de vente », mai 2025.

[23] Site officiel Dunkin’ France, page « Devenir franchisé ».

[24] Zepros Snack, « Dunkin’ ouvrira le 14 mai », mai 2025 ; Sortiraparis, avril 2025.

[25] Business & Marchés, « Succès pour le premier flagship de Krispy Kreme Doughnuts », mars 2024.

[26] Franchise Magazine, « Bientôt 20 boutiques en Île-de-France pour Krispy Kreme », décembre 2024 ; L’Hôtellerie-Restauration.

[27] Franchisedonut.com, fiches Krispy Kreme et Dreams Donuts.

[28] Républik Retail, « Columbus Café change de recette… », mars 2026.

[29] L’Officiel de la Franchise, « Coffee shops : l’essor d’un marché très convoité en France », juin 2025.

[30] Tendances Restauration, « Le secteur des coffee-shops se stabilise après des années de croissance », juin 2025 (d’après étude Xerfi).

[31] Républik Retail, entretien avec le directeur des opérations de Starbucks France, octobre 2025.

[32] Dunkin’ Brands Group, communiqué « Dunkin’ Brands Presents Three-Year Plan Fueled by the Dunkin’ Donuts U.S. Blueprint for Growth », Investor & Analyst Day, février 2018.

[33] Dunkin’ Brands Group, Inc., Form 10-K déposés auprès de la Securities and Exchange Commission (exercices 2012 à 2019), sections « Store development agreements » et « Master franchise model and international arrangements ».

[34] Dunkin’ Brands Group, Inc., Form 10-K, section « Our history » (chronologie capitalistique : Allied Domecq 1989, Pernod Ricard juillet 2005, Bain Capital / Carlyle / Thomas H. Lee Partners mars 2006, introduction en Bourse juillet 2011).

[35] The Boston Globe, « Want to own a piece of Dunkin’? Its parent company may go public », mai 2026 ; Financier Worldwide, « Dunkin’ Brands taken private in $8.76bn deal ».

[36] CNBC, Restaurant Dive et The Boston Globe, mai 2026 ; QSR Magazine, juin 2026 (dépôt confidentiel du dossier d’introduction en Bourse d’Inspire Brands, valorisation visée d’environ 20 Md$).

[37] QSR Magazine, « Dunkin’s $100M plan to rule the beverage game », 2018 ; Dunkin’ Brands Group, Form 8-K, résultats du troisième trimestre 2018 (déclarations de Kate Jaspon, directrice financière).

[38] The Boston Globe, « Dunkin’ Donuts started as a small Quincy coffee and doughnut shop. Now, it has 10,000 US locations », octobre 2025.

[39] Zepros Snack, « Dunkin’ veut devenir le coffee-shop préféré des Français », 23 juin 2026.

[40] France Snacking, « Restauration rapide – Top 200, entre guerre des prix et quête de valeur », 9 juin 2026.

[41] Toute la Franchise, « Franchise Dunkin’ : l’opportunité business de 2025 ? », 2025 ; AC Franchise, fiche réseau Dunkin’.